« Vème Génération », comment doit interpréter cet intitulé ?
« Vème Génération, c'est ma génération. Ce n'est que depuis 1848 que nous avons la liberté d'expression, nous noirs et depuis cette date ; je suis donc la cinquième génération à pouvoir m'exprimer comme je l'entends. Je pars du principe que chaque génération doit apporter quelque chose de nouveau, et en tant que photographe, c'est mon travail de témoigner de mon histoire, et de l'histoire de la Caraïbe. Il est important de laisser des traces de notre histoire, d'avoir, plus tard, un oeil sur notre époque et notre actualité culturelle, d'aujourd'hui. Et lorsque des événements importants ont lieu, comme la Loi Taubira ou la mise en place de statues de héros de 1848 un peu partout en Guadeloupe ; il faut en garder des traces. Cela nous permet alors de mieux appréhender notre rapport à l'autre.
La technique du Noir et Blanc est loin d'être la plus aisée à utiliser. Daniel Goudrouffe est-il une sorte de perfectionniste exigeant ?
En fait, le Noir et Blanc, c'est une passion née d'une rencontre avec un célèbre photographe, Guy Le Querrec, de l'agence Magnum, venu faire un stage à Fouillole. Il nous a fait découvrir le Noir et Blanc et ses techniques ; ça m'a plu.
Pourquoi, à ton avis, ne voit t-on pas plus souvent d'expos photo qui soient le résultat de la seule démarche artistique du photographe, et non, le fruit d'un travail réalisé sur commande ?
Déjà, il faut savoir que la démarche de réalisation d'une exposition est récente. Les générations précédentes n'ont pas pris le risque de faire des expositions qui soient le seul fruit de leur démarche artistique. Par ailleurs, il est difficile de vivre de son art, comme un « vrai artiste. » Et puis, il faut être disponible, dans tous les sens du terme. Si je dois faire autre chose que travailler sur mon expo, je risque de subir une « altération du regard ». Il faut savoir trancher entre manger et s'exprimer !