Vous avez été, ces derniers temps, plusieurs fois victimes d'agressions, au moins verbales. Pourquoi tant de haine à votre encontre ?
Dieudonné : Je n'ai été qu'une seule fois agressé physiquement. Agression médiatique surtout ; mais cela fait partie du jeu quand on est humoriste.
Dans la rue, ce n'est pas pour votre dimension humoristique que l'on vous a agressé
D.: Non, mais on aurait tout aussi bien pu agresser Michel Leeb pour avoir comparer les narines des Noirs à des lunettes. Il y a encore des zones sensibles et des tabous. Je suis, en ce moment, sur un sujet sensible qui génère des passions. Mais, je travaille déjà sur un nouveau spectacle. Ce soir, c'est la dernière de Mes excuses, en Guadeloupe. (ndrl : l'interview a été faite hier lundi). Les gens qui m'ont agressé font partie d'un réseau (la LDJ). Ils ont agressé une personne auparavant à Paris.
Pensez-vous qu'on ne vous en veut que sur le fond ou bien avez-vous été aussi un peu provocateur ?
D. : Pas plus que Michel Leeb qui s'amuse à caricaturer les Noirs en singes. Ou bien Muriel Robin quand elle dit : « ma fille va épouser un Noir, quelle horreur ! », et que la dame s'arrache les cheveux. Si vous essayiez dans ces sketchs de remplacer le Noir par un Juif, vous auriez des ennuis considérables. Il y a toujours des zones taboues. Ce qui n'est pas acceptable au sein de la République. Heureusement, il y a un cadre défini par les lois. Dans la mesure où je n'ai jamais été condamné, c'est que je n'ai jamais franchi la limite.
Si vous aviez l'occasion de discuter avec vos agresseurs, qu'aimeriez-vous leur dire ?
D. : Bon courage. Ils sont en prison à Ducos. Ils sont blancs. Ils ont bastonné un Noir, en le traitant de « sale nègre ». Accrochez-vous, les gars !
C'est tout cela qui fait le contenu de votre spectacle, Mes Excuses ?
D. : C'est d'abord de rigoler. Mais le rire peut être profond. Il peut te prendre aux tripes. J'ai joué la dernière de Mes Excuses ; et en plus, avec tout ce qui s'est passé ces derniers temps, cela pouvait donner un caractère plus fort à la pièce. Toute cette histoire est un malentendu. Car je suis un non-violent, je n'ai jamais battu personne. Je suis la victime du communautarisme, poussé à son extrême. J'ai l'impression d'avoir cristallisé un malaise. Le malaise noir. Mais noir ne veut pas dire, communauté fermée. Cela concerne des gens de tous les continents, des toutes les origines, de toutes les religions? Nous sommes dans une société qui se cherche. Nous fêtons cette année, le centenaire de la laïcité, de la séparation des églises et de l'état. Mais l'on s'aperçoit que le communautarisme n'a jamais été aussi prononcé. Mon combat contre le racisme m'a amené à lutter contre le communautarisme excessif, puisqu'il va jusqu'à frapper.
Vous tentez de récolter des fonds pour réaliser un film, apparemment avec difficultés. Pensez-vous être victime d'une « censure raciste » ou bien tout simplement que les producteurs ne croient pas au succès commercial de votre idée ?
D. : Je crois que le film va rencontrer un très grand succès commercial. Ce sera le premier film sur le sujet. Beaucoup de gens l'attendent. Encore faut-il qu'il puisse naître. Or aujourd'hui, le cinéma est un système installé depuis des décennies ; avec ses habitudes et ses réseaux. Il faut réussir à briser ces réseaux pour régénérer le cinéma. Spike Lee a eu le même problème, lorsqu'il a fait son film sur Malcolm X. Il a fait appel à la contribution populaire. Si tout se passe bien, nous viendrons tourner ici en janvier prochain. Il nous reste à boucler le budget. Sur les 10 millions d'euros nécessaires, nous en avons déjà 4. Si tout le monde participe, ce film pourra voir le jour. Cela ouvrira un débat dans la société.
Après avoir crevé l'abcès, on pourra parler d'avenir ?
D. : Oui, je crois. On n'a jamais autant parlé du malaise des Noirs. Tant mieux si j'ai été un élément déclencheur, à mon humble niveau.