Avec plus de vingt concerts pendant les vacances en Guadeloupe et en Martinique, le public s'arrachait l'album et les ventes avoisinent actuellement les six mille exemplaires en deux mois. Du jamais vu en Guadeloupe ! Fred Deshayes et Didier Juste, co-fondateurs du groupe nous livrent quelques ingrédients de leur succès.
Maximini : Inutile de vous souhaiter une bonne rentrée, vous avez bien tourné pendant les vacances
Fred Deshayes : Nous avons fait plus de vingt concerts au mois de juillet et au mois d'août où nous avons eu l'occasion d'inviter Orlane et Joby Bernabé. Nous avons joué à Lakasa, au Bik Kréyol, à Robert Loyson, à la Marmite Kréyol et à la fête de Sainte-Anne en Martinique. En raison du crash du 16 août nous avons dû annuler des dates en Martinique car nous estimons que nous sommes un jeune groupe qui est toujours en promo.
M : Dans quel rayon discographique trouve-t-on le Soft ?
Didier Juste : En Martinique nous sommes classés dans le rayon traditionnel ou jazz. En Guadeloupe, cela dépend des disquaires, et nous pensons qu'en Métropole nous sommes référencés en musique du monde. Ce qu'il faut retenir c'est que la musique authentique guadeloupéenne n'a pas de nom. Ainsi un mendé reste un mendé de même pour un graj ou un toumblak. En ce qui nous concerne, nous essayons de valoriser nos rythmes traditionnels.
M : Cela fait très longtemps que ce style musical existe et c'est seulement maintenant qu'elle explose. Pourquoi ?
F.D : La seule nouveauté est que tout le monde maintenant veut en faire. Personnellement j'ai signé « Péyi en mwen » pour Dominique Bernier en 2002, ensuite j'ai composé « Chimen an mwen » pour Dominik Coco pour Lakou Zaboka et récemment « An didan mwen » pour Thierry Fanfant chanté par Jacques D'Arbaud. Notre musique est une musique intime tout comme l'ambiance de l'album et nous posons des questions et des interrogations sur nous et notre pays. Nous ne sommes pas juge mais nous nous décrivons comme nous sommes. Notre démarche est de jouer la cadence du pays.
M : OK pour la musique. Si on parlait un peu des musiciens. Déjà pourquoi Didier Juste ?
F.D : Cela ne pouvait être que lui car c'est lui qui est à la base du groupe. C'est un pro et il m'a convaincu sans problème. Phillippe Sadikalay est un saxophoniste avec un énorme potentiel. Il vit au Canada et enseigne la musique. C'est lui qui est à la réalisation des différents titres et nous le considérons un peu comme notre chef d'orchestre. Le sage du groupe est le contre bassiste Joël Larochelle.
C'est lui qui enjolive notre musique avec un grand professionnalisme artistique. Il a beaucoup fréquenté les pianos bar et est respecté par ses pairs. En outre il est aussi à l'aise dans le jazz, le carnaval ou le zouk. Au sein de Soft il n'y a pas de chef. Chacun propose ses idées et nous fonctionnons uniquement pour l'intérêt du groupe. Même si le côté financier a son importance nous privilégions d'abord le côté coeur.
M : Six mille albums en deux mois. Concerts à guichets fermés. Soft est un bon plan. A quoi expliquez-vous ce succès ?
DJ : Cela fait d'abord plus d'un an et demi de live avant la sortie de l'album que nous fonctionnons. Nous avons joué à Lakasa en 2003, au Festival de Gwo-ka à Sainte-Anne, au Bik Kréyol, nous avons participé au Kréyol Accoustic Project au Centre des Arts et au Lokans Voix Sacrés. A chaque prestation du groupe, une demande discographique du public se créait doucement mais sûrement.
FD : J'ajouterai que la réussite du groupe est due aussi à la personnalité des musiciens. Tous les mélomanes connaissent Joël, Phillippe a déjà fait ses preuves au côté de Dominik Coco, Didier Juste est incontournable aux percussions, j'ai remporté le Prix Sacem de la meilleure composition en 2005 et le public me connaît pour d'autres choses. Je remercie aussi RFO et RCI qui nous ont toujours soutenu. Nous touchons toute la population et malgré nos textes chantés en créole, nous recevons des messages venant du monde entier.
M : Une partie du public est saturé par le zouk actuel. Pensez-vous que votre succès en est la conséquence ?
DJ : Non nous ne dirons pas ça. Nous sommes à fond pour le zouk, mais nous avons choisi un chemin, d'ailleurs notre prochain album sera sûrement du zouk. Le public apprécie l'authenticité de notre style et également notre jeu de scène qui est différent à chaque prestation.
M : Parlez-nous un peu de « Kadans a péyi-la » ?FD : C'est un condensé des interrogations et des sentiments que nous éprouvons pour la Guadeloupe. « Kay kadans a péyi la ? » « Lodè lanmou » avec Michel Mado et chanté par mon frère Maxence parle de tout ce que chaque famille souhaite avoir dans son foyer. Charles Naigre, ex Kadans, Sonny Troupé et Jean-Phillippe sont les batteurs émérites de quelques morceaux, le camerounais Cyril Mabingo nous fait l'honneur de sa basse et chante en douala. Nouveauté, Julie Collot fait une intervention au violon. Lukuber Séjor, Dominique Coco, Olivier Juste et Jean-Michel Lesdel nous donnent un réel plaisir dans « Gadé yo ». Nous présentons également quelques duos avec Dominique Bernier et Sandra Jean-Charles avec « Sé lanmou ka palé ». Dominique Lorté était également présente et François Ladrezeau le leader du groupe Akiyo reprend « Kadans a peyi la » à sa façon. Enfin nous rendons hommage à Robert Loyson en reprenant « Jan Fouyé ».
M : Finalement Soft, c'est une grande famille musicale ?DJ : En quelques sortes. Même si tous ces musiciens de grands talents n'ont pas été rémunérés à leur juste valeur, ils nous ont apporté une grande force et d'autres, ont été déçus de leur non participation sur « Kadans a péyi la ». Je lance enfin une pensée à notre producteur Olivier Mathurin qui nous a aussitôt fait confiance pour ce projet.
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