Discours de Ségolène Royal au Congrès de l’Association des Régions de France à Dijon.

Discours de Ségolène Royal au Congrès de l’Association des Régions de France à Dijon.

A l'occasion du Congrès de l'Association des Régions de France, Ségolène Royal a souligné que "si les régions et l'Etat avancent dans le même sens alors nous pourrons tirer la France vers le haut et lui donner toutes ses chances". Zoom sur un discours qui a de quoi ravir Victorin Lurel et Jacques Gillot; exécutifs régionaux et départementaux.

 
 
Chers collègues,

Mesdames et messieurs les élus,

J'ai un grand plaisir que nous nous retrouvions à ce deuxième Congrès de l'ARF sur le thème des régions qui préparent l'avenir.
Il y a un paradoxe aujourd'hui : les Français sont très attachés à leur territoire, leur région, de leur département, leur ville, et en même temps selon un récent sondage 45 % estiment que la décentralisation est allée trop loin mais une proportion encore plus importante (54 % des Français) estime que c'est parce qu'elle n'a pas été accompagnée des moyens suffisants et qu'il y a une crainte que cela entraîne une inégalité entre les territoires.
Pourtant, malgré le recul de l'idée de décentralisation, les Français sont très attachés à leur région et à leur commune.
C'est pour cela que je propose une réconciliation entre l'Etat et les territoires, avec à la fois un Etat fort, qui assure les services publics, l'égalité entre les droits, l'équité entre les territoires, d'une part, et des régions qui ont les moyens d'agir au plus près des citoyens, d'autre part.

Je veux à la fois un Etat fort qui donne les règles et qui assure l'égalité entre les territoires et libérer les énergies ainsi que les intelligences territoriales. Ce qui m'importe, c'est un Etat qui protège dans ses grandes compétences, qui assure les grands services publics, et qui sécurise l'égalité de développement et qui donne une impulsion.
Si les régions et l'Etat avancent dans le même sens pour créer des emplois et développer la compétitivité, améliorer les qualifications professionnelles et investir dans l'environnement, alors nous pourrons tirer la France vers le haut et lui donner toutes ses chances.

Les Français ne le savent pas suffisamment, les régions ont fait leur preuve.
Prenons l'exemple des lycées. Combien en 1986 étaient d'une vétusté indigne de notre pays, indigne pour les conditions de vie et de travail des élèves et des enseignants, et source d'inégalité ? Depuis, des centaines d'établissements ont été construits et la quasi-totalité du parc a été rénové.
Plus encore, les Régions se sont investies dans le service public de l'éducation et ont permis une rénovation des pratiques pédagogiques : elles financent des équipements scolaires, des parcs informatiques, des actions éducatives et sociales.
Prenons l'exemple des trains. Les régions ont hérité d'un réseau vieillissant, peu performant, délaissé (et à regret) par les usagers. En moins de 10 ans, en achetant des trains, en rénovant les gares, en multipliant les dessertes, en re-ouvrant des lignes elles ont fait des TER un moyen de transport collectif moderne, attractif, écologique, qui connaît une croissance impressionnante.
J'ai pris ces deux exemples, connus de tous, mais je pourrais multiplier le récit des expériences réussies, dans la formation professionnelle, l'environnement, le développement économique ou encore l'aménagement des territoires.

Ce bilan révèle une évidence : les Régions sont suffisamment proches des citoyens pour en connaître les besoins ainsi que leurs aspirations, et d'une taille suffisante pour organiser les solidarités et les synergies autour des bassins de vie. Cette expertise leur permet de saisir les attentes de la société, et de les confronter aux réalités économiques et sociales. C'est ainsi qu'elles apportent leur contribution au développement de notre pays, en même temps qu'au lien social. Les Régions apparaissent comme un échelon moderne, et pertinent pour réussir le changement vers une France responsable et solidaire.
Certains voudraient que ce désir d'action régionale soit en fait une volonté de démantèlement de l'Etat ou une sorte de revanche de la province sur Paris. C'est inexact et absurde.
Aujourd'hui, les initiatives régionales sont entravées, le Gouvernement actuel leur a mis un boulet aux pieds, chacun en connaît les raisons, parce que la loi ratée sur la décentralisation a créé des désordres, des confusions, des transferts d'imports, des chevauchements de compétences. Au total, c‘est l'intérêt général qui s'en est trouvé affaibli.

Il est temps de mettre en place un ordre territorial juste, c'est-à-dire :

1. A chaque transfert de responsabilité, un transfert de ressources juste et préalablement défini ;
2. La création d'un fonds national pour l'égalité entre les territoires
3. La clarté dans les responsabilités et donc dans l'obligation de rendre des comptes
C'est aussi le moyen de veiller à la solidarité entre les territoires, notamment en direction des régions d'Outre-Mer qui doivent faire face à des défis démographiques et environnementaux que nous devons accompagner.

Autrement dit, l'Etat doit faire confiance aux initiatives régionales tout en exigeant en retour des résultats, pour qu'un euro dépensé soit une euro utile et que les gens s'y retrouvent dans le qui fait quoi, qui est responsable de quoi, pour que la démocratie fonctionne. .
Au vu du travail accompli, et grâce aux échanges entre nous, au vu des choses formidables qui se passent en région, de ma propre expérience, j'ai la conviction que pour aller mieux, la France a besoin de mettre encore plus fortement ses régions en mouvement.

Il y aura donc une nouvelle étape de la régionalisation parce que c'est une façon de lutter contre la dispersion des crédits publics et de donc de lutter contre les déficits publics, comme l'ont fait les autres pays européens. Chez nos voisins, c'est le double mouvement de régionalisation et de renforcement de l'autorité de l'Etat qui a contribué, comme les chefs de gouvernement suédois, espagnol ou italien me l'ont confié, pour une grande partie au rétablissement des comptes publics.

La future loi sur les intelligences des territoires s'appuiera sur les résultats de l'action concrète des régions.
Elle portera sur quatre domaines :
1. L'accès au premier emploi et au logement pour les jeunes :
2. La mise à niveau des moyens des universités (bâtiments, vie étudiante, nouvelles technologies, …) en conservant bien évidemment la compétence de l'Etat sur les diplômes ;
3. Le développement économique, en s'appuyant sur la recherche et l'innovation
4. L'excellence environnementale.

Pour préparer dès maintenant cette nouvelle étape et mettre en oeuvre ces principes, je vais réunir des groupes de travail associant l'ensemble des présidents de régions, en liaison avec les départements et les villes, pour que nous ayons des propositions concrètes.
Aujourd'hui, je propose que nous lancions cinq mesures pour les jeunes, parce qu'il n'est pas normal que notre pays soit celui qui a le taux de chômage des jeunes le plus élevé en Europe, celui où les jeunes diplômés ne peuvent accéder à un emploi, celui où la jeunesse ne peut déployer ses initiatives.

Ces cinq mesures pour les jeunes sont les suivantes :
- soutenir l'accès au premier emploi des jeunes diplômés ;
- mobiliser les compétences des régions pour que chacun et chacune ait un métier dans notre pays ;
- soutenir les créateurs d'entreprise, avec un chèque régional et le suivi apporté par les ateliers de la création ;
- mettre à niveau les moyens des universités (bâtiments, vie étudiante, nouvelles technologies, …), à l'image de ce que nous avons collectivement réussi dans les lycées, en conservant bien évidemment la compétence de l'Etat sur les diplômes ;
- organiser l'accès au logement de tous les jeunes, qu'ils soient étudiants ou jeunes travailleurs,

La réactivité des régions permet d'avancer vite ensemble, en s'appuyant, par exemple, sur le travail qui a été fait après les émeutes des banlieues, il y a un an, pour l'insertion professionnelle des jeunes, avec les contrats ressources qui ont été mis en place ici en Bourgogne par François Patriat et à Dijon par François Rebsamen.
De même, comme je l'ai fait en Poitou-Charentes, nous pouvons efficacement et rapidement soutenir les créateurs d'entreprise, avec les ateliers de la création qui accordent un chèque création d'entreprise aux TPE.

J'invite toutes les régions à faire de même et tous les mois nous rendrons compte de ces actions concrètes.
La véritable réforme de l'Etat, c'est la régionalisation, car cela renforce effectivement le pouvoir de l'Etat et cela rend plus efficace l'action publique.
Je veux que les Français reprennent confiance dans leur pays et dans leur Etat, je veux construire une société de confiance entre l'Etat et les territoires.

A l'heure de la mondialisation, il n'est pas contradictoire de renforcer l'attachement des Français à leur territoire au contraire c'est en étant bien sécurisé sur ses racines et sur les identités et traditions culturelles que l'on peut s'ouvrir sur les cultures du monde. L'esprit régional et le métissage vont de paire dans une France tournée vers l'avenir, assurée de ses valeurs et qui n'a aucune raison d'avoir peur des autres, au contraire, comme le prouvent les 160 pôles de compétivité auxquels je donnerai les moyens de se développer avec puissance, en soutenant davantage les coopérations interrégionales ou européennes.

Je voudrais aussi rendre hommage à toutes les expériences de démocratie participative qui se sont développées sur les territoires.

Source: Désir d'Avenir

S.Kancel

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