Franc-maçonnerie : « Nous ne sommes ni une religion, ni une secte »

Franc-maçonnerie : « Nous ne sommes ni une religion, ni une secte »

Jean-Philippe Hubsch, Grand maître du Grand Orient de France était l’invité de Face à la Presse, lundi sur EFM Radio avec RTL ; une émission réalisée en partenariat avec France Antilles et MAXImini. L’occasion pour cette grande figure de la franc-maçonnerie de clarifier sa position notamment concernant la laïcité.

Jean-Philippe Hubsch

Jean-Philippe Hubsch, Grand maître du Grand Orient

Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?
C’est une société d’hommes et de femmes qui se regroupent dans des loges, c’est-à-dire des associations qu’on peut trouver dans un certain nombre de villes. Ils se réunissent en moyenne deux fois par mois dans les temples maçonniques pour réfléchir sur des sujets sociétaux en lien avec l’actualité. Nous traitons ainsi des thèmes allant de la bioéthique à la problématique des migrants.

Peut-on être franc-maçon et chrétien selon vous ?
Absolument. De la même manière qu’on peut être franc-maçon et juif, franc-maçon et musulman, franc-maçon et bouddhiste … Nous ne sommes ni une religion, ni une secte. Il n’existe donc aucune concurrence entre la franc-maçonnerie et les religions. Cela n’a rien à voir. Être franc-maçon c’est un engagement philosophique et non un engagement cultuel. Ce que nous prônons d’ailleurs au Grand Orient de France c’est la défense de la laïcité. Elle se définie avec la phrase de Victor Hugo : « l’Etat chez lui, l’Eglise chez elle » ; même si on dirait plutôt aujourd’hui « les Eglises » ou « les cultes ». C’est-à-dire que nous ne souhaitons pas que les religions interviennent dans la sphère publique, elles doivent rester à leur place dans le domaine privé.

Justement, la loi du 9 décembre 1905, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, est actuellement discutée au sein du Gouvernement. En savez-vous plus ?
Oui, le gouvernement réfléchit à un possible changement de la loi pour y intégrer la formation des imams financée par l’Etat. Mais cela ne concernerait probablement pas leur rémunération, d’ailleurs je ne pense pas que ce soit juridiquement possible. Quand on connaît un peu le fonctionnement de l’islam, on voit bien ce que donnent les prises de positions courageuses d’un certain nombre d’imams : ils sont ensuite complètement mis de côté par les croyants et par les jeunes…Ils portent l’étiquette « imam de la République ». Alors je doute fortement qu’en créant des imams de la République justement, on réussisse ce pari compliqué qui est de réformer l’Islam de France. Je crains malheureusement que ces imams aient peu de succès parmi les jeunes de nos banlieues et de nos cités qui sont plus attirés par quelques prêches venant de pays éloignés.

Comment voyez-vous donc ce possible changement ?
Nous sommes très inquiets car la loi de 1905 a souvent été amendée mais à la marge, il s’agissait simplement de l’adapter au fonctionnement de la société. Aujourd’hui, visiblement le gouvernement cherche à modifier l’essence même de la loi qui est la séparation des Eglises et de l’Etat. Le but étant de réorganiser l’islam de France. Mais dès lors que l’on touche à la structure de la loi, c’est-à-dire si on utilise la loi pour faire de la formation des imams payée par l’Etat voire même de la rémunération des imams, nous disons NON car on rentre alors dans une contradiction totale avec l’esprit de la loi 1905.

Pourtant en Guyane et en Alsace les prêtres sont rémunérés par la collectivité…
Oui et c’est aussi valable à Mayotte. Dans le cas de l’Alsace- Moselle par exemple, la région relève d’un régime concordataire qui existait au moment du vote de la loi 1905 car l’Alsace était à l’époque sous le régime allemand. Elle dispose donc d’une dérogation. Mais dès lors que ce système existe aujourd’hui, on ne l’étend pas, on ne l’utilise pas pour autre chose. De toute façon le Conseil d’Etat a interdit l’extension du concordat d’Alsace-Moselle dans les deux sens : il ne peut être étendu à une autre religion ou à une autre zone géographique.

Et quelle est votre position à ce-sujet ?
On devrait depuis longtemps avoir supprimé le concordat d’Alsace-Moselle comme les régimes dérogatoires de Guyane et de Mayotte pour que ces territoires reviennent dans le régime général. Nous souhaitons que la loi 1905 s’applique à tous les territoires de la République… Et c’est d’ailleurs ce fameux concordat d’Alsace-Moselle qui semble être l’outil que le gouvernement veut utiliser pour organiser la formation des imams de la République. Nous y sommes formellement opposés et je le répète : « l’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ».

Camille RIOUAL

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