Le respect serait-il un vain mot ?

Le respect serait-il un vain mot ?

Un article publié sur le site Planète ayiti dénonce un certain comportement anti-haïtien à Pole-Caraïbe.AÉROPORT DE POINTE-À-PITRE
Les Haïtiens, toujours traités comme des chiens
par Lyonel Trouillot

Quels que soient les titres de transport, les Haïtiens sont traités comme des chiens à l'aéroport de Pointe-à- Pitre. Il ne s'agit pas des mesures de contrôle, tout à fait légitimes, qu'un État exerce à ses frontières afin de se protéger des trafics criminels et de l'immigration clandestine. Il s'agit bien d'une volonté d'humilier, manifeste chez un grand nombre d'agents de contrôle, les plus jeunes en particulier. Ordre d'attendre dans un coin, sans expression de motif ; non respect de la place du citoyen haïtien dans la queue, le faisant passer parfois après tous les autres passagers ; passage d'une langue à une autre (français- créole/créole- français), utilisation systématique du français devant un créolophone et du créole face au francophone pour déstabiliser l'interlocuteur ; saisie du passeport sans explication, remise du passeport quinze minutes plus tard toujours sans un mot d'explication ; élévation du ton à la limite du cri ; regards ironiques ou ton agressif ; obligation faite au citoyen haïtien de répondre dix fois à la même question ; oubli systématique du citoyen haïtien auquel on a demandé d'attendre, laissé comme en spectacle au regard des autres passagers.

On ne peut tranquillement se présenter devant un policier à l'aéroport de Pointe-à-Pitre. La sanction sur l'origine est claire, délibérée. Les Haïtiens s'en plaignent entre eux, les autres passagers en sont témoins et s'émeuvent quelquefois devant ce traitement. Dans d'autres aéroports de France, le contrôle est aussi strict. Aux États-Unis, l'épreuve des empreintes tient d'un roman de Georges Orwell, mais elle est mécanique. À Pointe-à-Pitre, c'est à l'hostilité d'une personne que l'on doit faire face. Cela relève du mépris et de la persécution.

Ce comportement n'est pas celui de tous les agents, mais assez manifeste pour inquiéter et être signalé. On a vu des Haïtiens en règle à la limite de la crise de larmes ou de nerfs face à l'agressivité de certains agents. On ne devrait pas avoir peur en passant un contrôle. À l'aéroport de Pointe-à-Pitre, les Haïtiens ont peur. Il y a au moins cinquante chances sur cent qu'on leur fasse des misères.

On connaît la force des discours anti-Haïtiens en Guadeloupe. Est-ce-là leur prolongement et leur matérialisation ? S'agit-il d'excès de zèle ? Je ne veux rien dire de blessant à l'endroit de la population de la Guadeloupe et préfère laisser aux chercheurs en sciences humaines la tâche d'analyser les fondements de ce comportement. Je me doute bien que cette mise en alerte n'aura pas de conséquence pratique sur le comportement des agents, mais il me semble nécessaire de mener campagne pour que tous les Guadeloupéens sachent ce qui se passe à l'aéroport de Pointe-à- Pitre. Quand on passe la douane au pays de Guy Tirolien, si l'on veut être traité comme un être humain, mieux vaut ne pas être Haïtien...

Sandra Petit

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire